Passer de l’immobilité à la plus rapide possible des mobilités :
cette obsession humaine est immémoriale. De tout temps les humains ont
cherché à se mouvoir le plus vite possible, à quitter le statut d’êtres
immobiles, posés là quelque part à la surface du monde, pour conquérir
celui d’êtres mouvants, en déplacement – un déplacement autant que faire
se peut exceptionnel par sa vitesse, par la distance parcourue en un
éclair, par la capacité à faire valoir l’espace contre le temps et le
temps contre l’espace.
Le dragster, dans cette entreprise anthropologique, est le vecteur
par excellence approprié. Qu’il compte deux, trois ou quatre roues, cet
engin mécanique né avec le XXe siècle est conçu pour
l’accélération et pour elle seule. Le dragster, ce sont des prises de
vitesse insensées, un parcours sur piste, en ligne droite, réduit au
minimum (quelques centaines de mètres tout au plus) et, pour son pilote,
des sensations à la fois brutales et complexes. Brutales, car le corps
du dragstériste, lors du « run », peut encaisser en quelques secondes 7
G – sept fois la charge de son propre poids – ou plus encore.
Complexes, car la compétition dragstérienne vise cet objectif aussi
héroïque qu’absurde, annuler le temps écoulé en ne gardant que l’espace
conquis.
Challenge problématique d’office et quête d’un absolu inaccessible.
Le dragstériste ? Il touchera au bonheur quand le drag strip sur lequel
il élance sa machine aura été parcouru, comme le dit la formule, « en un
rien de temps », dans l’abolition de toute durée, pour le plus grand
triomphe de l’intensité.