La
particularité de Belly le Ventre, comme l’indique son nom, est d’être
un ventre. Un individu gargantuesque, gros mangeur et bon vivant ? Oui.
Mais un ventre surtout. Un estomac. Un système digestif. Des boyaux.
Une panse. Belly le Ventre a comme quiconque une vie – une compagne, des
amis, un travail. Mais il est un ventre d’abord. Un pilier de la
Ventrie, un militant hors du commun et un exécuteur de basses et hautes
œuvres, pour la cause – la sienne, la Gastrocause.
Cette
qualification ventrique engage une forme de vie plus complexe qu’il n’y
paraît. Il lui faut composer avec des individus se qualifiant, qui
comme « Nez », qui comme « Cerveaux », qui comme « Sexes », qui comme «
Muscles », « Œils », « Cœurs »… L’union de tous est-elle possible ? La
guerre identitaire est-elle la seule issue ? Ou l’avènement des ghettos
où vivre sa vie tranquille, à l’écart mais avec soi et les siens ?
L’identité bien formée : rien de plus rassurant, rien de plus
exigeant. Belly le Ventre fait le pari de la division. Un vrai choix, un
choix de civilisation. La voie royale pour le rêve ou pour le
cauchemar ?
Œuvre mordante, énorme (352 pages !) et inclassable, élan philosophique sur fond de “KK lie” avouée, Belly le ventre est une performance littéraire autant qu’une fable politique teintée d’humour et de dérision.