La tour occupe dans l’imaginaire et la symbolique une
place de choix. Parce qu’elle
s’élève haut au-dessus des
mensurations du corps humain, elle permet de voir au
plus loin, au-delà du visible.
Parce qu’elle tend vers le
ciel, elle mettra en contact
avec le divin. Parce qu’elle est un élément de fortification, elle retiendra
efficacement les emmurés, les bannis ou les trésors. Parce qu’elle n’est pas
toujours stable et peut en venir à pencher, elle signifiera l’ambition mal
maîtrisée, le mauvais contrôle de l’ordre du monde. Aux échecs, elle se
déplace dans l’axe du jeu, jamais de biais. Dispositif efficace mais contraignant : si la tour protège bien reine et roi, elle est en revanche vulnérable car peu manœuvrable, donc peu tactique. Le tarot, aussi, convoque
la figure de la tour, dans l’intention de faire valoir l’imprévisibilité et la
chute.
Sculpture-tour monumentale de Philippe Pasqua, Monolithe est d’abord
un magistral objet physique. Impressionnante par son gabarit herculéen,
Monolithe s’apparente aux plus grandes sculptures léguées à ce jour par
l’histoire de l’art. Quarante tonnes d’acier, vingt mètres de hauteur et six
mètres de côté, première de trois sculptures monumentales réalisées par
l’artiste, cette sculpture géante est un objet métaphysique. La regarder
de loin puis de près, y pénétrer par un passage secret, gravir l’escalier
intérieur qui permet d’en atteindre puis d’en dépasser le sommet, se retrouver en fin de parcours comme suspendu dans les airs au-dessus du vide,
suscitent un rapport intense entre le visiteur et cette sculpture dystopique.
Monolithe est érigée par Philippe Pasqua en septembre 2022. Deux an-
nées d’études techniques ont été nécessaires à sa conception, à partir
d’un gribouillage sur une feuille blanche. Elle a nécessité une année de
fabrication et un chantier d’une dizaine de jours pour sa construction.
Elle s’élève au cœur du domaine viticole de la Chouette du Chai, au pied
du Pic Saint-Loup, non loin de Montpellier. Cette tour de fer trapue,
peinte en noir sans reflets, a tout du bloc brutaliste. Pas de séduction
visuelle, comme l’a voulu Philippe Pasqua, qui a opté à dessein pour
un recouvrement noir mat absolument continu. Quoique simple par
son dessin, Monolithe s’avère toutefois complexe structurellement. La
raison en incombe au caractère non-standard, à la fois, des différents
éléments composant la sculpture-tour et de l’agencement de ses parties
métalliques, étais de la structure interne, plaques murales, marches d’es-
calier et éléments des rampes, au nombre de plus d’un millier.
Monolithe – figure soudaine surgie de nulle part, égarée dans un milieu
sans âge, vaisseau spatial tombé sur le sol d’une planète qui ne l’attend-
ait pas, totem à la fois aberrant mais signifiant, Monolithe, la tour-sculp-
ture de Philippe Pasqua est en accord avec notre « temps de manque ».
Manque de sécurité, manque de bonheur, manque de foi dans l’avenir,
juste avant la fin, qui sait ?