« Une histoire de terre, voilà ce qu’est l’histoire de
Roger-pris-dans-la-terre. Un type, de la terre. Dit comme ça, ça
n’évoque pas grand-chose. Mais c’est compliqué, et pas très clair en
plus, cette histoire de terre. »
Ainsi s’ouvre Roger-pris-dans-la-terre, le dernier en date des romans de Paul Ardenne, auteur de La Halte et de Belly le Ventre.
Le thème de cet ouvrage cinglant est en apparence incongru : un paysan,
peu à peu, se sent gagné par la terre, comme s’il devenait un
personnage de terre. Cette obsession croissante, handicapante, l’amène à
chercher toutes les thérapies possibles pour enrayer son mal : la
médecine conventionnelle, les guérisseurs, la psychanalyse… sans
résultat. Son intuition, en vue de guérir, est qu’il conviendrait de
tuer la terre, pour s’en débarrasser enfin et retrouver, le concernant,
un corps normal, le formidable corps normal, celui qui ne souffre de
rien.
Cette fable, au-delà de la métaphore de l’enracinement, se corrèle
pour l’occasion à une réalité très contemporaine, l’accroissement des
maladies nouvelles nées des dégradations de l’environnement. Elle
devient une forme d’avertissement, un élément du combat écologique
contemporain. « Roger-pris-dans-la-terre : un paysan qui s’adonne à
l’agronomie de pointe mais aussi un proscrit dans sa condition de glaise
», dit Frank Smith dans la préface qu’il donne au roman de Paul
Ardenne.
À rebours du roman agrarien, celui, pétri de régression, de « la
terre qui ne ment pas », ce court roman met en scène un désastre
environnemental, incarné celui-ci, vécu comme une plaie vivante. On y
retrouvera les accents de Sans Visage (Grasset, 2014), roman dans lequel
le personnage principal, une femme dont le visage ne se dégrade pas
avec l’âge, devient l’objet de toutes les convoitises, celles au premier
chef des entreprises cosmétiques, en quête de la jeunesse éternelle.
Préface de Frank Smith.