The Kissing Precise est un ouvrage qui rassemble les œuvres récentes de Mounir Fatmi: Casablanca Circles, The Death of the Straight Lines, Kissing Circles, Intersections, Cercles.
Ces œuvres ont pour point commun d’être inspirées par le poème de
Frederick Soddy «The Kiss Precise». F. Soddy, prix Nobel de Chimie en
1921, a écrit la solution au théorème de Descartes sous la forme de ce
poème.
Ce livre d’artiste se propose de mettre en parallèle les pièces
citées plus haut avec les différents éléments de recherches qui sont
intervenus dans le travail.
Avec le film Casablanca de 1942, et l’idée de l’exotisme fantasmé par
les studios d’Hollywood dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale,
jusqu’à des problématiques contemporaines : l’utilisation du nom d’une
ville comme une marque : la bière «Casablanca», ou «l’affaire du baiser
de Nador» qui impliquait une photo de deux adolescents marocains
s’embrassant dans la rue, la photo diffusée sur les réseaux sociaux
(Facebook) a été jugée indécente. Ce baiser risquant d’être puni par la
loi marocaine, a révélé un pan de la société marocaine et a donné lieu à
de nombreux Kiss-in (au lieu de sitting) dans plusieurs villes
marocaines en soutien aux deux jeunes adolescents.
Un triangle amoureux, le Maroc contrôlé par le gouvernement de Vichy,
la fuite, une ville qui devient une marque d’alcool, un baiser innocent
à l’âge des premiers flirts qui devient impossible à cause d’une loi
archaïque qui ne rencontre plus son peuple.
Le livre est publié en anglais et en français .
Régis Durand, extrait d’Une construction continuée, texte inédit pour le catalogue The Kissing Precise:
« Il y a quelque chose d’analogue à cette prolifération à la fois
scientifique et fictionnelle chez mounir fatmi, avec son usage de
différents supports, ses allers et retours entre différentes
thématiques, ses esquisses de récit reprises et abandonnées. D’une
certaine manière, on peut dire qu’il reprend à son compte l’énigme que
constituent la découverte et la maîtrise d’une énergie en apparence
inépuisable, mais aussi incontrôlable – à la différence qu’il ne s’agit
pas chez lui de nucléaire mais de ce qui se pose ici en équivalent
métaphorique, c’est-à-dire le désir et l’attraction irrésistible qu’il
déclenche. Mais la différence est-elle si grande ? Ce qui compte en
effet, dans chacun des deux termes, c’est l’instant où cela se
déclenche, l’instant qui n’en est pas un, entre un avant et un après —
une imminence si l’on veut, c’est-à-dire un espace de temps sans
consistance, sans véritable durée. Ce qui advient ensuite est de l’ordre
du déroulement, avec ses options et ses trajets narratifs possibles.
Avant que la réaction ne s’enclenche, avant que les lèvres ne se
touchent et que plus rien ne soit comme avant. Le baiser, dans les
œuvres de la série “Casablanca Circles”, est de cet ordre. C’est une
catastrophe, une rupture, l’instant quasiment inassignable qui fait que
tout bascule. La beauté de la chose est que sur cet impalpable, ce
non-instant, autant d’attentes et de possibles narratifs viennent se
précipiter. Apparaissent d’innombrables connexions souterraines,
croisements, coïncidences secrètes, si bien qu’il flotte parfois dans
l’œuvre comme un léger parfum de paranoïa. »